SEPTEMBRE S’ÉCRIT 26 / 30
LES ENDROITS QUE L’ON NE REGARDE PLUS
Et si le dépaysement commençait simplement par regarder autrement ?
RESSENTIR × COMPRENDRE × REGARDER AUTREMENT
Regardez un peu plus près… Il y a toujours une histoire derrière ce que l’on croyait connaître…
Nous sommes capables de parcourir des milliers de kilomètres et de nous arrêter devant une porte
La photographier
Observer sa couleur, ses détails, les traces laissées par le temps
Au Maroc, je photographie les portes
À Nantes ?
Beaucoup moins
Et pourtant, nous avons une spécialité locale qui mériterait probablement son propre reportage photographique :
les ronds-points
Ronds, carrés, rectangulaires…
Oui, je sais
Mais finalement, pourquoi pas ?
Peut-être est-ce précisément là que commence le problème : nous pensons déjà savoir ce qui mérite d’être regardé.
CE QUE NOUS VOYONS TOUS LES JOURS FINIT PAR DISPARAÎTRE
Il existe près de chez moi une clairière devant laquelle je passe régulièrement.
Je la connais, et pourtant, certains jours, je la redécouvre.
Lorsqu’elle est couverte de brume, elle n’est plus tout à fait la même.
Le paysage devient silencieux, presque mystérieux
Et puis il y a les hérons, ils viennent régulièrement s’y poser et leur simple présence suffit à transformer un endroit devant lequel j’aurais pu passer sans ralentir.
La clairière n’a pas changé
C’est mon regard qui change
C’est assez étrange lorsque l’on y pense
Nous pouvons connaître parfaitement un endroit sans jamais le voir exactement deux fois de la même manière
La météo change
La lumière change
Les saisons passent
Les animaux arrivent puis repartent
Et ce paysage que nous pensions connaître raconte soudain autre chose.
LE VOYAGE NOUS APPREND À REGARDER
Je crois que voyager développe une drôle d’habitude, ailleurs, nous sommes attentifs.
Nous observons l’architecture, les couleurs, les textures, la lumière sur une façade.
Les étals d’un marché
Une porte
Un arbre
Une manière différente de dresser une table
Tout nous paraît digne d’intérêt parce que tout est nouveau, puis nous rentrons chez nous.
Et notre regard redevient parfois automatique.
C’est probablement l’une des choses que la photographie, et encore davantage MOANA SEA SOÛL, a changées chez moi
Je regarde davantage
La lumière
Les textures
Les animaux
Les saisons
L’architecture
Je cherche moins nécessairement l’exceptionnel
Je remarque ce qui change dans l’ordinaire
Et parfois, cela suffit largement
LE CHAMP DEVANT CHEZ MOI
Devant chez moi, il y a un champ, un immense champ qui semble parfois se prolonger jusqu’à l’horizon.
Objectivement, rien d’exotique.
Pas de lagon polynésien
Pas de désert marocain
Pas de montagne spectaculaire
Un champ à Carquefou
Et pourtant, je suis fascinée par lui toute l'apnée
Parce qu’il n’est jamais vraiment le même
Le blé laisse place au colza
Puis viennent les tournesols
Les couleurs changent
La hauteur change
La lumière change
Parfois le vent suffit à mettre tout le paysage en mouvement et chaque saison semble réécrire exactement le même morceau de terre.
Je pourrais passer devant tous les jours sans plus vraiment le regarder.
Mais je continue de le faire.
Et je crois que c’est précisément cela qui m’intéresse.
NOUS PHOTOGRAPHIONS L’AILLEURS
Au Maroc, une belle porte peut me faire sortir mon téléphone presque immédiatement.
Sa couleur
Le bois
Les ferronneries
Une poignée
Une façade un peu abîmée
Je vais photographier ce que quelqu’un qui passe devant tous les matins ne remarque peut-être même plus
Et pendant ce temps-là, quelqu’un venu de l’autre bout du monde pourrait probablement arriver à Nantes et photographier quelque chose devant lequel je passe depuis huit ans sans lui accorder la moindre attention
Peut-être même un rond-point
Ce qui serait assez vexant
Mais finalement très juste
Parce que le dépaysement possède peut-être moins à voir avec la distance que nous le pensons
Ailleurs, nous regardons parce que nous savons que nous allons repartir.
Chez nous, nous pensons avoir tout le temps.
Alors nous regarderons demain.
ET SI JE DEVAIS PARTIR ?
Lorsque je me demande ce qui me manquerait si je quittais cet endroit, la réponse n’est finalement pas un monument
C’est Carquefou
Mes habitudes
Mes paysages
Cette clairière
Ce champ
Les routes que je connais
Les saisons que je vois revenir aux mêmes endroits
Toutes ces petites choses auxquelles je ne pense même plus parce qu’elles font simplement partie de ma vie et c’est probablement la meilleure preuve que l’ordinaire n’est pas forcément insignifiant.
Parfois, l’ordinaire est simplement ce que nous aimons depuis suffisamment longtemps pour avoir oublié que nous l’aimons
Je voyage énormément
J’aime découvrir
Partir
Traverser un océan
Me perdre dans une ville que je ne connais pas
Mais aujourd’hui, j’aime tellement mon lieu de vie que je ne m’imagine pas le quitter
Et peut-être que cela aussi fait partie du voyage
Apprendre à découvrir le monde, puis apprendre à revenir.
REGARDEZ UN PEU PLUS PRÈS
Demain, nous passerons probablement encore devant cette rue, cet arbre, cette maison, ce champ ou cette petite place que nous connaissons par cœur.
Nous ne sortirons peut-être pas notre téléphone, nous n’en ferons pas une publication.
Personne ne traversera la planète pour venir la voir, mais regardez-la quand même.
Parce qu’un jour, ailleurs, quelqu’un est probablement en train de photographier avec émerveillement quelque chose qui ressemble beaucoup à ce que nous ne remarquons même plus chez nous.
Et finalement, Explorer Notre Propre Nature, c’est peut-être aussi cela.
Ne pas toujours chercher plus loin.
Parfois simplement… regarder un peu plus près.
✈︎ MOANA SEA SOÛL ✈︎
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