Pourquoi la Vanille de Tahiti

nous envoûte-t-elle autant ? 

Il y a des ingrédients que l’on ajoute à une recette.

Et puis il y a ceux dont le simple parfum suffit à changer l’atmosphère.

Pour moi, la vanille de Tahiti appartient définitivement à la seconde catégorie.

Lorsque j’en rapporte de Polynésie, je retrouve immédiatement le marché de Tahiti : les stands remplis de longues gousses et, juste derrière, les étals de fleurs tropicales...

Je repars d’ailleurs souvent avec les deux.

L’une parfumera ma cuisine, les autres, la maison.

Son parfum est floral, chaud, sucré, enveloppant, presque capiteux.

Mais ce que j’aime peut-être encore davantage, c’est le moment où je décide enfin de l’ouvrir.

Tout commence par le geste

Une belle gousse de vanille de Tahiti est épaisse, charnue, souple sous les doigts, et personnellement, je ne l’ouvre jamais à la va-vite, je prépare le moment.

Une planche propre. Mon couteau en céramique, parfaitement aiguisé, je pose la gousse devant moi, trouve son milieu et fais délicatement glisser la pointe dans sa longueur.

C’est probablement mon moment préféré.

Celui où elle finit par s’ouvrir et laisse apparaître toutes ces petites graines qu’elle gardait jusque-là précieusement à l’intérieur.

Et chez moi, lorsqu’une recette annonce de la vanille de Tahiti, il faut sentir la vanille de Tahiti, je suis généreuse avec elle, pas par excès, par respect du produit et du goût.

À quoi bon promettre quelque chose si, au moment de le découvrir, il faut encore partir à sa recherche ?

Une fleur qui impose son rythme

Avant la gousse, il y a une orchidée.

Et derrière cette vanille que l’on utilise avec une facilité presque déconcertante dans nos cuisines se cachent de la patience, de l’observation et énormément de savoir-faire.

La pollinisation de la fleur demande notamment un geste précis, avec  la vanille, tout est aussi une question de moment.

Il faut observer

Reconnaître les signes

Puis intervenir avec suffisamment de précision et de délicatesse

Trop tôt ne sert à rien, trop tard non plus ... J’aime cette idée qu’avec certaines choses, la délicatesse ne suffit pas : il faut également savoir lire les signes.

Ne pas forcer le rythme, ne pas précipiter ce qui demande du temps, et accepter que tout ce qui mérite d’être découvert ne se révèle pas nécessairement immédiatement.

La nature fait sa part. L’être humain observe, accompagne, puis intervient au bon moment.

Pour moi, à ce niveau-là, cela devient de l’art.

D’une fleur à l’autre…

Cette patience et cette précision me rappellent un autre produit auquel je tiens énormément : le safran marocain.

Ma mère m’a toujours appris à le considérer comme un produit précieux, au Maroc, elle m’avait même appris à l’acheter chez un bijoutier.

Aujourd’hui, j’ai aussi mon herboriste à Marrakech.

Chez lui, vous trouverez du safran sur l’étal, vous en trouverez près de la caisse...

Mais celui que je demande ?

C’est celui de derrière.

Celui-là, on ne vous le proposera pas.

Jamais.

Si vous ne le demandez pas, vous ne l’aurez pas.

Alors n’hésitez pas à prononcer les mots :

« Je veux le vrai safran. Celui de derrière. »

Et là, on ira vous le chercher.

Ne soyez simplement pas surpris par son prix. Ce n’est pas pour rien que le safran est surnommé l’or rouge : derrière quelques grammes se cachent énormément de fleurs et un travail particulièrement minutieux.

C’est aussi pour cela que la comparaison avec la vanille de Tahiti me vient naturellement.

Dans les deux cas, il faut observer la nature, connaître le produit, respecter son rythme et savoir quand et comment intervenir.

Lorsqu’on grandit avec ce genre de produits, on apprend aussi quelque chose d’essentiel :

ce qui est précieux mérite qu’on sache reconnaître sa valeur.

Même si, soyons honnêtes, toute cette poésie disparaît assez rapidement lorsque ce fameux safran se retrouve dans le poulet aux olives de ma mère.

À cet instant-là, je ne philosophe plus

Je savoure.

Et ça… ce sera une autre histoire à dévorer.

Elle a du caractère

C’est probablement ce qui me plaît autant dans la vanille de Tahiti : sa singularité.

Elle est élégante

Généreuse

Présente

Difficile à oublier ... Elle n’a pas besoin d’en faire énormément pour attirer l’attention.

On vient à elle, mais présence ne signifie pas disponibilité.

La fleur elle-même nous rappelle qu’il existe un moment, une manière et une certaine délicatesse, elle ne se laisse décidément pas cueillir n’importe comment.

Et quelque part… j’aime assez cette philosophie.

Les choses précieuses sont faites pour être partagées

Je n’ai jamais de mal à ouvrir une gousse que j’ai rapportée de Tahiti.

Au contraire, si je décide de la sortir, c’est généralement que le moment mérite quelque chose de particulier.

Je cuisine énormément pour partager, recevoir, faire plaisir, si j’utilise un produit d’exception, c’est justement parce que j’ai envie d’offrir un moment qui le soit aussi.

Alors je prépare tout.

La planche, le couteau, la préparation 

Et je l’avoue : je frétille toujours un peu d’impatience avant de commencer.

Je ne vois aucun intérêt à conserver indéfiniment quelque chose de précieux simplement parce que j’ai peur de l’utiliser, les choses précieuses ne sont peut-être pas faites pour rester éternellement intactes.

Il faut simplement savoir quand… et avec qui les partager.

Une gousse, plusieurs vies

Et une fois ouverte, ma vanille n’a certainement pas terminé son histoire.

Les graines rejoignent ma préparation, quant à la gousse, elle peut aller parfumer mon sucre muscovado, infuser dans une crème, rejoindre l’un de mes rhums arrangés ou encore servir à parfumer une huile d’olive que j’aime notamment utiliser dans mes salades.

Chez moi, c’est presque une philosophie de cuisine :

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. »

Une belle gousse peut continuer à donner longtemps après qu’on l’a ouverte, et je trouve ça plutôt joli.

Si je devais vous faire découvrir la vanille de Tahiti…

Je ne commencerais surtout pas par vous la montrer

Je vous demanderais de fermer les yeux

D’abord, sentir

Je vous présenterais probablement deux vanilles différentes, sans vous dire laquelle vient de Tahiti.

Prendre le temps de respirer.

Chercher les nuances.

Reconnaître ce qui les différencie sans laisser leur origine influencer ce que vous êtes en train de ressentir.

Ensuite seulement…

Goûter.

Probablement dans une crème brûlée. Quelque chose de suffisamment simple pour lui laisser toute la place nécessaire pour s’exprimer.

Puis viendrait le toucher.

Prendre les deux gousses entre les doigts.

Sentir leur épaisseur.

Leur souplesse.

Leurs différences.

Comprendre par le toucher ce que l’on avait jusque-là seulement imaginé.

Et seulement à la fin…

ouvrir les yeux.

Parce que tout montrer immédiatement serait terriblement dommage.

Certaines choses sont infiniment plus intéressantes lorsqu’on accepte de les découvrir progressivement.

Un parfum

Un goût

Une texture

Puis une histoire

Sans précipiter la suite, sans décider à l’avance de ce que l’on devrait ressentir...
Sans imaginer connaître quelque chose simplement parce qu’on sait déjà son nom.

La vanille de Tahiti fait rêver avant même qu’on l’ait rencontrée.

Moi, je préférerais que vous découvriez d’abord ce qu’elle a réellement à offrir.

Et finalement, si cette vanille était une femme…

Elle aurait un sacré caractère

Elle serait élégante et suffisamment sûre de sa singularité pour ne pas avoir besoin de la réclamer.

Elle saurait ce qu’elle veut

Elle saurait ce qu’elle a à offrir

Et certainement à qui elle souhaite l’offrir

Elle ne se laisserait pas cueillir n’importe comment, ni par n’importe qui

Il faudrait prendre le temps

La découvrir doucement

Progressivement

Un sens après l’autre

Et une fois sa singularité réellement comprise…

elle deviendrait terriblement difficile à oublier. 🌺

Et maintenant… goûtez-la.

Si toute cette vanille vous a donné envie de passer de la théorie à la pratique, je sais exactement par où commencer :

mes crêpes au beurre noisette, généreusement parfumées à la vanille de Tahiti.

Après tout, certaines choses sont faites pour être racontées…

et d’autres méritent surtout d’être goûtées.

→ À vos crêpes 🥞