SEPTEMBRE S’ÉCRIT 30 / 30

CE QUE NOUS TRANSMETTONS SANS LE SAVOIR

Ces petits gestes qui voyagent d’une génération à l’autre

EXPLORER × COMPRENDRE × TRANSMETTRE

Regardez un peu plus près…
Il y a toujours une histoire derrière ce que l’on croyait connaître.

Pendant trente jours, j’ai écrit

Sur l’océan
Sur la cuisine
Sur les animaux
Sur les voyages
Sur la lumière
Sur les endroits où l’on se sent chez soi
Sur les choses que nous regardons tous les jours sans toujours prendre le temps de les observer

Et pour ce trentième et dernier jour de Septembre s’écrit, j’aurais pu chercher un sujet spectaculaire

Finalement, j’ai eu envie de regarder beaucoup plus près

Chez nous

Dans ces gestes minuscules que nous répétons parfois sans savoir exactement d’où ils viennent.

Parce qu’il existe peut-être un voyage encore plus étonnant que tous ceux dont j’ai parlé ce mois-ci :

celui des choses qui traversent les générations.

NOUS HÉRITONS PARFOIS DE CHOSES TRÈS ÉTRANGES

Chez moi, il y a le téléphone

Et c’est assez amusant parce que mon héritage, sur ce point, s’est construit exactement à l’envers.

Ma mère a toujours beaucoup téléphoné

Lorsque j’étais petite, j’avais même une collection de cartes téléphoniques. Il fallait régulièrement prendre des nouvelles de la famille au Maroc et puis, un jour, les appels illimités vers le Maroc depuis le téléphone fixe sont arrivés.

Autant dire que ma mère était ravie,moi , beaucoup moins.

À force, j’ai développé une véritable aversion pour le téléphone.

Je préfère les relations humaines lorsque les personnes sont réellement là, les conversations autour d’une table, les moments partagés.

Aujourd’hui encore, vous me verrez finalement assez peu sur mon téléphone, sauf peut-être pour être sur Canva.

Là, étrangement, mes principes deviennent beaucoup plus souples et pourtant, cette petite histoire raconte déjà quelque chose d’intéressant sur la transmission.

Nous ne reproduisons pas forcément ce que nous observons.

Parfois, nous faisons exactement l’inverse.

Mais même dans ce cas, notre manière de vivre s’est construite en partie à partir de ce que nous avons vu.

NOS PARENTS NE NOUS TRANSMETTENT PAS SEULEMENT CE QU’ILS NOUS ENSEIGNENT

Il y a évidemment les choses que nos parents nous apprennent volontairement.

Une recette

Une manière de recevoir

Une valeur

Une façon de travailler

Et puis il y a tout le reste

Ce que nous observons pendant des années sans même nous en rendre compte

Leurs habitudes

Leurs choix

Leur manière de réagir

Certaines choses deviennent naturellement les nôtres

D’autres nous permettent, au contraire, de comprendre très précisément comment nous souhaitons construire notre propre vie

Je n’ai pas envie de dresser la liste des qualités et des défauts de mes parents

Ce n’est pas ainsi que je regarde la transmission.

Je dirais plutôt que leurs choix ont affiné et affirmé les miens.

Il y a des choses que je reprends

Parfois entièrement

Parfois en toute petite dose

Et d’autres que je fais complètement différemment

Lorsque je suis chez eux, pourtant, je m’adapte à leur fonctionnement.

Je le respecte

Parce que c’est le leur

Et je les aime aussi pour cela

Grandir, ce n’est peut-être pas décider que nos parents avaient raison ou tort.

C’est comprendre ce que leur manière de vivre a fait naître dans la nôtre.

ET PUIS IL Y A LES GESTES QUE L’ON REPRODUIT SANS LE SAVOIR

Ce sont probablement mes préférés.

Ces petites choses absolument insignifiantes que personne ne penserait à inscrire dans un héritage.

La main un peu lourde sur l’huile d’olive

La Javel

Oui, la Javel

Et même le tri des graines de sésame

Des gestes que j’ai vus

Des gestes que j’ai parfois reproduits

Des gestes auxquels je n’accordais pas nécessairement d’importance lorsqu’ils étaient simplement là.

Et puis un jour, quelqu’un n’est plus là pour les faire.

Et le geste reste.

C’est peut-être à cet instant que l’on comprend qu’il était beaucoup moins insignifiant qu’on ne le pensait.

Ma grand-mère avait notamment cette générosité avec l’huile d’olive, et lorsque je me surprends aujourd’hui à avoir, moi aussi, la main légèrement généreuse… je souris

Parce qu’au fond, certaines personnes continuent peut-être un peu d’exister comme cela.

Dans une cuisine

Dans une odeur

Dans une façon de préparer quelque chose

Dans un geste que nos mains connaissent avant même que nous pensions à son origine.

LA TRANSMISSION NE PASSE PAS UNIQUEMENT PAR LES MOTS

Nous pensons souvent à la transmission comme à quelque chose de volontaire

Un parent explique

Un enfant écoute

Une génération enseigne à la suivante

Mais une grande partie de ce que nous transmettons ne fonctionne probablement pas ainsi

Nous apprenons aussi par observation, par imitation et par répétition

Un enfant regarde énormément avant même de comprendre pourquoi les adultes font les choses d’une certaine manière et des années plus tard, certains comportements réapparaissent.

Pas nécessairement à l’identique, ils ont voyagé.

Ils se sont mélangés à notre personnalité, à nos expériences, à nos rencontres et à tout ce que nous avons appris ailleurs.

C’est ce qui me plaît dans l’idée de transmission.

Ce n’est pas une photocopie, c’est une transformation.

Chaque génération reçoit quelque chose, le garde, le modifie parfois et finit peut-être par le transmettre à son tour.

ALORS, QU’EST-CE QUE J’AIMERAIS TRANSMETTRE ?

Probablement beaucoup trop de choses

La curiosité, d’abord

Cette envie de regarder un peu plus près

De se demander pourquoi

D’aller vérifier

De ne jamais considérer que quelque chose est inintéressant simplement parce qu’il est ordinaire.

J’aimerais transmettre l’envie de voyager, évidemment mais pas seulement celle de prendre un avion.

Voyager peut commencer à quelques kilomètres de chez soi, dans un chemin que l’on n’avait jamais emprunté.

Dans une cuisine que l’on ne connaissait pas.

Dans une conversation avec quelqu’un dont l’histoire est complètement différente de la nôtre

J’aimerais transmettre ma façon de recevoir

De cuisiner

De dresser une table

De considérer qu’une belle assiette, quelques fleurs ou une bougie ne sont pas réservées aux grandes occasions

L’attention portée aux animaux

À l’océan

Aux saisons

À la lumière

Aux choses minuscules

Et surtout cette idée qui traverse finalement tout MOANA SEA SOÛL :

rester curieux du monde, c’est aussi rester curieux de soi.

30 JOURS PLUS TARD

Lorsque j’ai décidé d’écrire un article par jour pendant tout le mois de septembre, je savais que ce serait un exercice, je ne savais pas exactement ce qu’il allait provoquer.

J’ai retrouvé des souvenirs auxquels je n’avais pas pensé depuis longtemps.

Certaines anecdotes sont revenues simplement parce qu’un sujet en appelait un autre.

J’ai interrogé mes habitudes.

J’ai cherché

J’ai vérifié

J’ai appris

Et, évidemment, j’ai écrit

Beaucoup

Trente jours d’écriture quotidienne ont aussi changé ma manière d’écrire

Les phrases viennent différemment, je lis autrement.

Je fais davantage attention au rythme, aux mots, aux silences et quelque chose d’assez inattendu s’est ajouté à cette expérience : la voix.

Parce qu’à partir du 1er octobre, les articles de MOANA SEA SOÛL vont également commencer à exister autrement.

En podcast

Un épisode par jour viendra progressivement donner une voix aux histoires déjà écrites sur le blog.

Alors j’ai travaillé ma lecture

Ma diction

Ma respiration

La manière de raconter un texte plutôt que simplement de le lire

Finalement, Septembre s’écrit aura préparé octobre sans que je l’aie vraiment prévu

SEPTEMBRE S’EST ÉCRIT

Trente jours

Trente articles

Et demain, je continuerai évidemment à écrirez

Simplement plus un article par jour

Parce qu’un rendez-vous peut se terminer sans que l’histoire s’arrête

MOANA SEA SOÛL continuera à explorer

L’océan

La Terre

Le vivant

La cuisine

Les voyages

Et toutes ces petites choses qui paraissent ordinaires jusqu’au moment où l’on décide de regarder un peu plus près.

Mais avant de refermer septembre, je voulais revenir une dernière fois à la transmission.

Parce qu’au fond, écrire est peut-être aussi une manière de transmettre.

Une histoire racontée aujourd’hui pourra être relue dans plusieurs années

Une anecdote familiale qui aurait pu disparaître devient quelques lignes

Un souvenir devient une trace

Et parfois, lorsque quelqu’un disparaît, on comprend soudain l’importance de toutes ces traces

POUR LALLA AÏCHA

Ma grand-mère nous a quittés il y a quelques jours

Alors ce dernier article de Septembre s’écrit, je veux le lui dédier

À Lalla Aïcha

Pour les gestes transmis sans grandes explications

Pour l’huile d’olive versée généreusement

Pour la Javel

Pour les graines de sésame triées patiemment

Pour toutes ces choses minuscules dont on ne comprend parfois la valeur que lorsqu’elles deviennent des souvenirs

Nous pensons peut-être laisser derrière nous de grandes leçons

En réalité, ce sont parfois nos gestes les plus ordinaires qui voyagent le plus loin

Une façon de cuisiner

Une expression

Une habitude

Une odeur

Une manière de prendre soin des autres

Et un jour, quelque part, quelqu’un reproduit ce geste

Sans forcément y penser

Puis il sourit parce qu’il se souvient soudain de qui il le tenait

C’est peut-être cela que j’aime le plus dans la transmission : elle ne nous demande pas de retenir quelqu’un pour qu’une petite partie de lui continue son chemin avec nous.

Septembre s’arrête ici

L’écriture, elle, continuera

Et parmi toutes les histoires racontées pendant ces trente jours, je trouve finalement assez beau que la dernière me ramène là où beaucoup de choses commencent :

à ceux qui étaient là avant nous

 

À Lalla Aïcha ♡

 

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