Au revoir, Galeries Lafayette ?
Et si une institution ne disparaissait pas le jour où elle ferme ses portes… mais le jour où nous cessons d’avoir envie de les pousser ?
Il y a des magasins, et puis il y a des lieux qui font partie d’une ville.
Un grand hôtel, Un théâtre, Une brasserie connue de tous,
Une grande piscine devant laquelle plusieurs générations sont passées.
Et puis…Les Galeries Lafayette
Pour moi, elles ont toujours appartenu à cette seconde catégorie.
Une institution.
Le genre d’endroit où l’on ne venait pas uniquement acheter quelque chose, on venait chercher la chose, la jolie robe pour un mariage, le jean qui tombe parfaitement, le cadeau que l’on ne trouvait nulle part ailleurs, la tenue d’une occasion particulière.
Je me souviens encore de mon père m’emmenant y chercher une robe lorsque j’étais enfant, pour un mariage auquel nous étions invités.
À cet âge-là, je ne savais évidemment rien du commerce, des corners, des marges, des stocks ou des collections, je savais simplement une chose : aux Galeries Lafayette… on allait forcément trouver, et surtout, on allait regarder...
Au commencement, il y avait 70 m²…
L’histoire commence à Paris à la fin du XIXᵉ siècle.
Deux cousins alsaciens, Théophile Bader et Alphonse Kahn, ouvrent en 1894 une petite mercerie de seulement 70 m² rue La Fayette.
Quelques années plus tard, le lieu grandit
Encore
Et encore
En 1912 apparaît ce qui deviendra l’un des symboles de la maison : la spectaculaire Coupole du boulevard Haussmann.
Théophile Bader avait une expression formidable pour décrire son ambition : un « bazar de luxe ».
L’idée était déjà extrêmement moderne, faire du commerce un spectacle, donner envie de circuler,
Regarder
Toucher
Découvrir
Faire en sorte que l’on entre peut-être pour acheter une paire de gants… et que l’on ressorte en ayant vécu quelque chose.
Même les vitrines participent très tôt à cette histoire, au début du XXᵉ siècle apparaissent les vitrines animées, devenues depuis indissociables de Noël et de l’imaginaire des grands magasins, et je crois que c’est précisément là que se trouve ce que j’aime dans les Galeries Lafayette
L’expérience
Ma première journée, j’étais complètement perdue
Des années après cette petite robe achetée avec mon père, je suis passée de l’autre côté, j’y ai travaillé, à Strasbourg, puis à Nantes
Pour différentes marques.
Et ma première expérience, si mes souvenirs sont bons, était chez Levi’s, j’avais évidemment le costume de circonstance :
un jean Levi’s, un tee-shirt blanc Levi’s.
Et absolument aucune idée de ce que je faisais
J’étais perdue
Je ne comprenais pas encore le fonctionnement des Galeries, leurs systèmes, leurs habitudes, cette organisation très particulière où chaque marque possède son univers tout en vivant à l’intérieur d’une immense maison commune.
Puis on apprend
Et les Galeries Lafayette sont devenues l’une de mes premières véritables écoles, j'y ai appris que vendre une belle pièce ne suffit pas
J’y ai appris l’exigence.
Celle que l’on doit avoir envers soi-même, mais aussi celle qu’un client est parfaitement en droit d’avoir lorsqu’il dépense une certaine somme.
Lorsque quelqu’un achète un blazer à 500 euros, il n’achète pas uniquement du tissu, le produit doit être à la hauteur, mais le service aussi
Le sourire
L’écoute
La connaissance du vêtement
Le conseil
La manière de présenter une pièce
La capacité de comprendre ce que recherche une personne sans décider à sa place de ce qu’elle devrait porter.
J’y ai aussi appris la diplomatie.
Tout ne peut pas être dit de la manière dont on aimerait parfois le dire.
Il faut sourire, prendre du recul, ne pas tout prendre personnellement.
Et puis j’ai appris quelque chose de beaucoup moins glamour :
la logistique
Parce que lorsqu’une cliente attend une taille sur votre stand et que votre réserve se trouve plusieurs étages plus haut, soudainement, savoir anticiper son stock devient une compétence absolument passionnante.
On apprend très vite qu’une belle organisation invisible produit une belle expérience visible, et parfois, une cliente vous rappelle exactement pourquoi ce métier est beau, je me souviens particulièrement d’une dame, je travaillais alors pour une maison créée par deux sœurs angevines que j’aimais énormément.
Elles proposaient notamment des blazers dont certains détails, comme les manches, étaient réalisés en wax.
Cette cliente avait repéré un modèle particulier, la bonne combinaison, le bon wax, la bonne taille.
Sauf que la pièce n’était pas sur mon corner, elle était en réserve, Plutôt que de la faire attendre, j’ai pris son numéro.
Je lui ai dit que je vérifierais et que je la rappellerais.
J’ai retrouvé la pièce , je l'ai descendue, défroissée à la vapeur,
Préparée
Mise de côté.
Quelques jours plus tard, elle est revenue
Et elle avait tenu une petite promesse qu’elle m’avait faite : elle avait apporté avec elle un blazer qu’elle possédait depuis une vingtaine d’années et dont elle voulait me montrer les détails.
Puis elle a essayé la nôtre, elle était encore plus belle portée qu’elle ne l’avait imaginée, la taille était parfaite.
Elle est repartie avec
Une pièce à environ 500 euros, dans une période post-Covid où une telle dépense n’était certainement pas anodine.
Je n’ai jamais oublié cette cliente.
Parce que ce jour-là, personne n’avait simplement « vendu une pièce ».
Il y avait eu une conversation, une recherche, un conseil, un rendez vous...
Un blazer vintage ramenée pour raconter son histoire, et un nouveau qui allait commencer la sienne.
Essayez de mettre ça dans un bouton “Ajouter au panier”.
C’est peut-être cela que nous sommes en train d’oublier
Internet n’est évidemment pas l’ennemi, j'achète moi-même en ligne.
Ce serait absurde de prétendre le contraire, le problème est ailleurs.
Le commerce a changé à une vitesse extraordinaire, nos habitudes aussi, nous voulons trouver immédiatement, comparer immédiatement, commander immédiatement, recevoir rapidement.
Et pendant que notre manière de consommer se transformait, j’ai parfois eu le sentiment, en travaillant aux Galeries, que l’institution avançait beaucoup moins vite.
Des logiciels vieillissants
Des recherches clients inutilement compliquées
Des réserves éloignées des corners
Des systèmes d’encaissement qui méritaient d’être modernisés
Et puis des marques tentant de raccorder tant bien que mal leur commerce en ligne à leur présence physique
Je me souviens notamment de commandes effectuées sur le site d’une marque puis récupérées directement sur le corner
Sur le papier, excellente idée
Dans les coulisses…il fallait ensuite réussir à faire entrer cette nouvelle pratique dans des organisations, des chiffres et des méthodes conçus bien avant elle...
Et c’est là que le paradoxe devient intéressant.
La technologie a-t-elle tué les Galeries Lafayette ?
Oui
Et non ..
Elle a changé les règles
Mais une institution ne peut pas demander au monde de ralentir pour lui permettre de conserver les siennes.
Même McDonald’s, pardonnez-moi la comparaison assez peu haute couture, a entièrement repensé une partie de son expérience avec les bornes, les numéros et le service à table.
Le produit n’a pas nécessairement changé, la manière d’y accéder, oui.
Et je crois que les Galeries Lafayette ont parfois trop compté sur quelque chose de très précieux mais de terriblement fragile :
l’habitude.
La fameuse « vieille cliente ».
Celle dont tout le monde connaît le nom, qui revient depuis vingt ans, qui connaît les vendeuses...
Qui a sa marque
Ses habitudes
Son étage
Mais même elle possède aujourd’hui un téléphone, même elle commande sur Internet.
Une institution ne reste pas une institution simplement parce qu’elle l’a été, elle doit continuellement nous donner une raison d’y revenir.
Alors, les Galeries Lafayette sont-elles vraiment en train de disparaître ?
Pas exactement
Et je tiens à apporter cette nuance parce que les fermetures récentes peuvent facilement donner cette impression.
Il n’existe pas, à ce jour, d’annonce d’une fermeture générale des Galeries Lafayette.
Le réseau continue d’exister et les magasins de Nantes et Strasbourg, par exemple, figuraient encore parmi les établissements exploités par le groupe lors d’une opération nationale au printemps 2026.
En revanche, l’inquiétude n’est pas imaginaire.
Les deux magasins marseillais des Galeries Lafayette ont fermé en 2025, dans un contexte commercial devenu difficile.
Et plus largement, ce sont les grands magasins français qui doivent aujourd’hui répondre à une question existentielle :
à quoi sert encore un grand magasin lorsque presque tout ce qu’il vend peut arriver demain matin devant notre porte ?
Ma réponse est simple
À offrir précisément ce qu’un colis ne pourra jamais déposer devant chez nous.
Une expérience
Parce qu’Internet ne connaît pas votre morphologie
Je pense à ces vendeurs et vendeuses qui travaillent depuis parfois dix, quinze, vingt ans pour la même maison.
Vous entrez chez Levi’s
Vous expliquez ce que vous cherchez
La personne vous regarde
Elle connaît les coupes
Les tailles
Les matières
Elle sait comment tel jean va évoluer après quelques ports
Elle comprend votre morphologie et peut vous orienter avec suffisamment d’élégance pour ne jamais vous donner l’impression qu’elle juge votre corps.
Ça…
c’est un métier.
Et cette expertise possède une valeur.
Nous avons peut-être tellement pris l’habitude de chercher seuls que nous avons oublié le plaisir d’être bien conseillés.
Et puis il y a la mode
La vraie
Pas simplement la succession extrêmement rapide de vêtements ressemblant vaguement à ceux aperçus ailleurs.
J’ai connu ce moment merveilleux de la fin novembre où les cartons des collections de fêtes commençaient à arriver.
On ouvrait
Des paillettes
Des matières
Des sequins
Des pièces parfois travaillées avec une minutie extraordinaire
Une collègue essayait quelque chose
Et soudain :
Waouh
Puis, pendant une pause, il suffisait parfois de passer devant une enseigne de fast fashion pour apercevoir de loin une pièce qui semblait raconter la même histoire.
De loin seulement.
Parce qu’en s’approchant…
les finitions n’avaient rien à voir
Les matières non plus
Le tombé non plus
Le travail non plus
Et je crois que notre époque confond parfois démocratiser la mode et vulgariser la mode
La mode n’est pas uniquement suivre une tendance
Elle raconte aussi notre identité
Ce que nous choisissons de montrer
La manière dont nous nous sentons dans notre propre corps.
Une belle pièce coûte parfois davantage
Évidemment
Mais j’ai un trench depuis plus de dix ans
Il n’a pratiquement pas bougé
Aujourd’hui, il commence même à avoir ce charme particulier des vêtements qui traversent suffisamment de saisons pour devenir presque vintage.
J’ai aussi une robe bleue que j’aime particulièrement...
Je l’ai découverte alors que j’étais encore en service : ma collègue du stand Darel venait tout juste de la sortir d’un carton
Je l’ai regardée... Essayée... Réservée
Il ne m’en fallait pas beaucoup plus.
Elle est actuellement chez ma couturière et, des années plus tard, chaque fois que je la porte, elle me ramène exactement à cet instant.
Comme quoi, certaines pièces ne restent pas seulement dans nos armoires. Elles gardent avec elles le souvenir du moment où elles sont entrées dans nos vies, je l’aime toujours autant.
Et peut-être faudrait-il recommencer à compter le prix d’un vêtement non pas uniquement au moment où nous sortons notre carte bancaire…
mais au nombre d’années pendant lesquelles nous aurons envie de le porter.
Les Galeries ont aussi leurs coulisses
Si je pouvais vous rendre invisible pendant une heure et vous emmener quelque part où les clients ne vont généralement pas…
je ne choisirais pas les bureaux
Ni les réserves
Je vous emmènerais dans la salle de pause
Parce que c’est là que le grand magasin devient un petit village.
Imaginez une cafétéria de lycée américain…version Galeries Lafayette.
Qui mange avec qui ?
Qui attend qui ?
Qui vient chercher une boisson avant de monter fumer ?
Comment cette personne du marketing connaît-elle si bien cette vendeuse du rayon bijoux ?
On commande parfois son déjeuner au même endroit
Le restaurateur connaît déjà presque la commande
On croise quelqu’un
On échange les dernières nouvelles
On repart travailler
Et puis il y a cette chose très particulière aux GL :
Les regards
Une cliente connue arrive par l’escalator
Une vendeuse la reconnaît
Elle regarde sa collègue à plusieurs mètres
La collègue comprend immédiatement
Aucun mot
Et tout le monde sait
J’ai vécu ça avec une cliente adorablement prévisible qui venait essayer énormément de nouveautés sur le corner d’une amie…
et repartait systématiquement sans rien acheter
À force, son arrivée était devenue notre petit événement
Elle apparaissait en haut de l’escalator
Nos regards se croisaient
Et nous savions
Ce sont des choses minuscules
Mais ce sont elles qui font un lieu
Et puis arrive Noël
Là…
je ne suis probablement plus parfaitement objective
Je suis alsacienne
Noël et moi avions donc déjà une histoire avant les Galeries Lafayette.
Mais Noël aux Galeries…c’est encore autre chose.
Les lumières
Les vitrines
Les collections de fêtes
Les parfums lorsque l’on traverse certains espaces
Et puis cette playlist
Toujours
Inévitablement
Mariah Carey finit par arriver " It's Tiiiiiime"
Et lorsque les premières notes retentissent, tout le personnel comprend :
Ça y est, c'est reparti, nous allons l’entendre jusqu’au Nouvel An.
Encore, Et encore.
Et bizarrement… aujourd’hui, cela me manque presque.
Les vitrines de Noël ne sont d’ailleurs pas un simple folklore récent : à Paris, leur tradition remonte au début du XXᵉ siècle et elles sont devenues l’un des éléments emblématiques de la maison.
Peut-être est-ce pour cela que les Galeries donnent parfois cette étrange sensation dès l’entrée, comme si quelques secondes suffisaient pour être transporté ailleurs...
Il y a quelque chose de rétro
Presque années 1930 dans mon imaginaire
Des femmes élégantes
Des grands magasins
Le plaisir de s’habiller pour sortir en ville
Pas une nostalgie triste
Plutôt une certaine idée du beau
J’y ai aussi appris à regarder
Les Galeries Lafayette ont probablement participé à quelque chose dont je ne me rendais pas compte à l’époque.
Aujourd’hui, lorsque j’entre dans un lieu, je regarde tout.
Les matières
Les lumières
Les détails
La circulation
Ce que l’on veut nous faire ressentir
Ce qui fonctionne
Ce qui casse l’illusion
Même récemment, complètement terrorisée dans la Tour de la Terreur à Disneyland Paris, les ascenseurs et moi avons une relation que je qualifierais de compliquée, une partie de mon cerveau continuait malgré tout à observer le décor.
Les détails
L’immersion
Le travail nécessaire pour que pendant quelques minutes, nous acceptions de croire à l’histoire qu’un lieu nous raconte ...
Les Galeries m’ont appris cela, le beau n’arrive presque jamais par hasard.
Quelqu’un l’a pensé
Dessiné
Installé
Éclairé
Déplacé
Essayé
Recommencé
Elles ont traversé plusieurs de mes vies
J’ai travaillé aux Galeries lorsque je préparais mon bac, j'y faisais des missions le week-end en plus de mon alternance,
j'y ai appris le management, la gestion d’un corner, les équipes, les clientes, les stocks...
Puis je suis partie vers l’aviation.
Lorsque le Covid a arrêté une partie du monde et que mes saisons dans l’aérien ne pouvaient plus suivre leur cours normal, j’ai retrouvé d’autres métiers.
J’ai travaillé chez un maraîcher.
Et je suis revenue aux Galeries Lafayette.
Comme si cette institution se trouvait régulièrement quelque part sur ma route lorsque ma vie changeait de direction.
J’y suis même revenue pour participer à l’implantation d’une maison de créatrices que j’aimais profondément.
Deux sœurs d’Angers, une entreprise où les réunions pouvaient se faire autour d’une galette des rois.
Où l’on rencontrait les fondatrices, leur sœur qui travaillait sur le marketing et le site, le mari qui apportait lui aussi son énergie.
Une entreprise avec quelque chose de familial.
J’y ai mis énormément de cœur parce que je voulais sincèrement que leur marque fonctionne, et aujourd’hui encore, je porte leurs vêtements, cette fois comme cliente.
Puis mon corps m’a dit quelque chose que mon esprit refusait d’entendre
À un moment, revenir dans la mode me semblait logique.
Je connaissais cet univers
Je pouvais retourner vers le management
J’aimais la maison pour laquelle je travaillais
Sur le papier…
tout fonctionnait
Sauf moi
Mon corps ne suivait plus
J’avais mal
J’avais parfois l’impression d’avoir pris plusieurs décennies en quelques mois.
Une maladie auto-immune a finalement été diagnostiquée, et cette période m’a appris quelque chose que je continue de croire aujourd’hui : le corps parle parfois avant que nous soyons prêts à l’écouter.
J’essayais peut-être de me convaincre que je pouvais revenir en arrière.
Lui semblait savoir que j’avais encore envie d’avancer ailleurs.
Je suis repartie dans l’aviation
Et j’ai retrouvé mon élan.
Cela ne m’a pas éloignée de la mode ...
Au contraire
Peut-être fallait-il simplement que j’arrête d’en faire mon métier pour recommencer à l’aimer exactement comme je le voulais, aujourd’hui, j’y retourne autrement
Pour regarder
Pour retrouver d’anciennes collègues devenues parfois des amies
Pour essayer une pièce
Pour découvrir les nouveautés
Pour me faire plaisir lorsque j’ai envie d’une tenue particulière
Et il y a un rituel qui, lui, n’a jamais changé
J’entre, je souris à l’agent de sécurité, je lui dis bonjour, puis je regarde autour de moi.
Et en repartant .. je lui dis au revoir.
Cela paraît insignifiant, ça ne l’est probablement pas.
Parce qu’une institution n’est jamais uniquement son bâtiment.
Ce sont les personnes qui la font vivre
Alors non, je ne veux pas écrire « Adieu Galeries Lafayette »
Pas encore.
Je préfère :
Au revoir, Galeries Lafayette ?
Avec un point d’interrogation.
Parce que je refuse d’écrire la nécrologie d’un endroit qui existe encore, et surtout parce que je n’ai aucune envie que, dans dix ans, un enfant me demande :
« C’était quoi, les Galeries Lafayette ? »
J’aimerais pouvoir l’y emmener
Laisser les portes s’ouvrir
Dire bonjour
Et ne rien lui expliquer immédiatement
Je voudrais simplement observer ses premiers regards
Puis faire le tour
Regarder les vêtements
Les vitrines
Les lumières
Peut-être essayer quelque chose
Et seulement en ressortant, lui demander :
« Alors… qu’est-ce que tu as ressenti ? »
Parce qu’une expérience mérite parfois d’être vécue avant d’être expliquée.
Et si nous pouvions encore faire quelque chose ?
Je ne vais certainement pas vous demander d’arrêter Internet, moi-même, je ne le ferai pas, mais peut-être pouvons-nous parfois choisir autrement.
Une fois, Un samedi, Pour un cadeau, Une robe, Un parfum, Un jean, Ou simplement par curiosité.
Entrer
Regarder
Essayer
Demander conseil
Parce que notre manière de consommer décide aussi du genre de villes dans lesquelles nous vivrons demain.
Nous pouvons vouloir des rues vivantes… et acheter systématiquement depuis notre canapé.
Nous pouvons regretter les commerces qui ferment… tout en ne franchissant plus leurs portes.
Ce n’est évidemment pas à quelques clients de résoudre seuls les difficultés économiques d’un modèle entier.
Les entreprises ont, elles aussi, la responsabilité de se réinventer.
Et peut-être est-ce précisément le défi des Galeries Lafayette :
changer suffisamment pour survivre sans changer au point de ne plus être les Galeries Lafayette.
Moderniser ce qui doit l’être
Simplifier
Connecter réellement le magasin et Internet
Faciliter le travail des équipes
Et préserver jalousement ce qu’aucun algorithme ne pourra remplacer.
Le conseil
La rencontre
La découverte
Le beau
Pour conclure…
Si vous n’êtes jamais entré aux Galeries Lafayette…
allez-y, même sans rien acheter.
Par curiosité, Regardez les vitrines, Les lumières, Les gens., Les matières, et si vous trouvez cette petite pièce qui vous va parfaitement…
essayez-la
Peut-être repartirez-vous sans elle
Peut-être qu’elle sera encore dans votre armoire dans dix ans
Mais allez voir
Parce que certaines institutions semblent éternelles jusqu’au jour où une porte se ferme.
Et ce jour-là, nous sommes très nombreux à dire :
« C’est dommage… j’aimais tellement cet endroit. »
Alors peut-être faudrait-il parfois l’aimer pendant qu’il est encore là.
Les Galeries Lafayette m’ont appris la mode.
L’exigence
Le service
La diplomatie
La logistique
Le management
Elles m’ont montré l’envers du décor
Les cartons que les clients ne voient jamais
Les collections avant leur arrivée sur les portants
Les collègues qui se reconnaissent d’un regard à l’autre bout d’un étage
Les déjeuners en salle de pause
Les réserves
Les clientes que l’on n’oublie pas
Les vitrines de Noël
Et Mariah Carey…
beaucoup trop de fois
Alors je ne leur dirai pas adieu
Je leur dirai merci
Et surtout :
à bientôt, j’espère.
Parce qu’une institution française née il y a plus de 130 ans mérite peut-être autre chose que notre nostalgie une fois disparue.
Elle mérite que nous nous demandions, pendant qu’elle est encore là…
ce que nous voulons vraiment sauver
Note personnelle
Cet article n’est ni une analyse financière des Galeries Lafayette ni l’annonce de leur disparition.
À l’heure où j’écris ces lignes, en août 2026, les Galeries Lafayette continuent d’exister et plusieurs de leurs magasins, notamment Nantes et Strasbourg, sont toujours en activité. Certaines fermetures récentes, dont celles des deux magasins de Marseille en 2025, témoignent néanmoins des difficultés auxquelles les grands magasins doivent aujourd’hui s’adapter.
Les éléments historiques évoqués dans cet article s’appuient notamment sur les archives et contenus patrimoniaux des Galeries Lafayette : la petite mercerie ouverte par Théophile Bader et Alphonse Kahn à la fin du XIXᵉ siècle, l’agrandissement du magasin, la Coupole inaugurée en 1912 et cette ambition originelle de créer un véritable « bazar de luxe ».
Le reste appartient à mes souvenirs
Strasbourg
Nantes
Les corners
Les clientes
Les collègues
Les cartons
Les vêtements
Et toutes ces petites choses invisibles qui ont participé à construire mon regard sur la mode et sur le beau.
Je ne sais pas exactement à quoi ressembleront les grands magasins dans vingt ans.
Mais j’espère sincèrement que nous n’aurons pas besoin d’un article pour expliquer aux générations suivantes ce qu’étaient les Galeries Lafayette.
J’espère simplement…
qu’elles pourront encore en pousser les portes.