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L’ŒIL DU SAHARA : CELUI QUE JE GUETTAIS ENTRE NANTES ET DAKAR
EXPLORER × COMPRENDRE × PRENDRE DE LA HAUTEUR
📍 Structure de Richat, Mauritanie • 10 décembre 2022
Regardez un peu plus près…
Il y a toujours une histoire derrière ce que l’on croyait connaître
Structure de Richat, Mauritanie — 10 décembre 2022
Il y a des paysages que l’on découvre une fois et puis il y a ceux que l’on finit par attendre.
Pendant mes vols entre Nantes et Dakar, il y en avait un que je guettais particulièrement : l’Œil du Sahara.
Je l’ai vu plusieurs fois, certaines fois très nettement, d’autres beaucoup moins, tout dépendait de la météo, de la visibilité, de notre trajectoire.
Mais le 10 décembre 2022, les conditions étaient presque parfaites.
Le ciel était clair
Et quelque part au-dessus de la Mauritanie, les pilotes m’ont prévenue : l’Œil était particulièrement bien visible depuis le poste de pilotage.
Alors je suis allée voir et j’ai pris cette photo.
UN PETIT RITUEL À 10 000 MÈTRES D’ALTITUDE
Sur les vols vers Dakar, l’Œil de Richat était devenu une sorte de petit rendez-vous.
J’avais même développé ma propre technique pour savoir exactement où nous étions.
Sur mon iPad, j’utilisais une application de navigation que l’on retrouve plutôt dans l’aviation légère. Pour qu’elle récupère correctement les données, il fallait parfois coller l’iPad contre un hublot, vu de la cabine passagers, j’imagine que la scène pouvait paraître assez étrange.
Mais cela me permettait de suivre notre position sans avoir à appeler régulièrement le poste de pilotage pour demander :
« On est où exactement ? »
Et surtout de savoir lorsque nous approchions de la Mauritanie.
Cela tombait souvent pendant le service, alors entre deux passages dans la cabine, je surveillais ma tablette et je jetais un œil à travers les hublots.
C’est aussi ça, finalement, travailler dans un avion : continuer ce que l’on est en train de faire pendant qu’à quelques centimètres de nous défile un paysage absolument extraordinaire.
Et lorsque les conditions étaient vraiment bonnes, comme ce 10 décembre, le poste de pilotage pouvait m’appeler.
Depuis l’avant de l’avion, la vue était imprenable, quelques instants seulement.
Puis l’avion poursuivait sa route.
UN ŒIL DE 40 KILOMÈTRES AU MILIEU DU DÉSERT
Ce que l’on appelle l’Œil du Sahara est en réalité la structure de Richat, située sur le plateau de l’Adrar, en Mauritanie.
Vue d’en haut, elle ressemble à une gigantesque cible dessinée dans le désert : une succession presque hypnotique d’anneaux concentriques.
Son diamètre est d’environ 40 kilomètres. (NASA Science)
Quarante kilomètres
C’est probablement ce qui m’impressionne encore le plus, parce que sur les photographies satellites, nous perdons facilement la notion des dimensions. Nous voyons un cercle au milieu du Sahara et notre cerveau le réduit presque à un motif.
Depuis l’avion, la perception est différente, on réalise soudain que ce que l’on regarde est immense et pourtant parfaitement identifiable.
Le contraste avec le désert, les cercles, les reliefs…
Il y avait quelque chose d’étrange à reconnaître de mes propres yeux un paysage que l’on pourrait croire réservé aux images satellites
Une immensité mystérieuse, posée là, sous l’avion.
ALORS… UNE MÉTÉORITE ?
C’est probablement la première hypothèse qui vient à l’esprit, une forme aussi ronde, aussi gigantesque, aussi singulière : quelque chose a forcément dû percuter la Terre ici.
Cette possibilité a d’ailleurs été envisagée mais l’Œil du Sahara n’est pas considéré aujourd’hui comme un cratère météoritique.
Les travaux géologiques montrent plutôt un ancien dôme de roches soulevées, profondément transformé par l’érosion. Au fil d’un temps qui se compte en millions d’années, les différentes roches n’ont pas résisté de la même manière. L’érosion a progressivement dégagé les couches et créé les reliefs concentriques que nous observons aujourd’hui. (NASA Science)
Le résultat ressemble presque à une coupe de la Terre devenue visible
Couche après couche
Cercle après cercle
Et ce qui est encore plus fascinant, c’est que la structure peut être difficile à reconnaître lorsque l’on se trouve au sol.
Il faut prendre de la hauteur pour que l’Œil apparaisse vraiment. (NASA Science)
UN PAYSAGE DEVENU CÉLÈBRE DEPUIS LE CIEL
Je suis loin d’être la première à avoir été fascinée par lui depuis les airs.
La structure de Richat attire l’attention depuis les premières missions spatiales. Elle est devenue particulièrement célèbre après avoir été photographiée par des astronautes, sa géométrie étant spectaculaire lorsqu’on observe la Terre depuis l’espace. (NASA)
Et je crois que c’est précisément ce qui rend le moment si particulier lorsqu’on la voit depuis un avion, pendant quelques minutes, on change d’échelle.
On ne regarde plus seulement un désert
On regarde la géologie de notre planète
LE SAHARA N’EST PAS LE GROENLAND
J’ai souvent cette sensation lorsque je regarde la Terre depuis un avion : certains paysages provoquent des émotions complètement différentes alors qu’ils ont en commun leur immensité.
Le Groenland, par exemple, me donne presque l’impression de survoler un endroit qui n’existe pas.
Un territoire tellement isolé et tellement spectaculaire qu’il semble être resté hors de notre monde.
Le Sahara ne me procure pas la même sensation, ici, je sais que je survole une terre traversée depuis des siècles, entre des pays, des villes, des histoires humaines.
Et pourtant, l’immensité reste saisissante
Le sable semble ne jamais finir
Les reliefs apparaissent puis disparaissent
Et vus d’en haut, certains dessins du désert ressemblent presque aux petites vaguelettes que l’on observe à la surface de l’océan.
Ce sont deux mondes complètement différents.
Mais il y a dans les deux cette même chose qui me fascine : notre échelle devient soudain minuscule.
DE NANTES À DAKAR, LE PAYSAGE CHANGE SOUS NOS PIEDS
C’est aussi ce que j’aime particulièrement sur cette ligne, on part de Nantes, puis le paysage change.
La France, la Méditerranée, l’Afrique du Nord, le Sahara…
Les couleurs évoluent, les reliefs changent, les habitations aussi et tout cela défile sous nos pieds en quelques heures.
Puis il y avait l’arrivée à Dakar et là, plus besoin de regarder par le hublot.
Il suffisait d’ouvrir la porte de l’avion
La chaleur.
Cette chaleur qui vous saisit immédiatement et vous fait comprendre, avant même d’avoir posé un pied dehors, que vous êtes arrivé ailleurs.
Dakar est probablement l’une des destinations que j’ai le plus aimées en tant qu’hôtesse de l’air.
Nous y restons plusieurs jours, ce qui permet réellement de sortir de l’hôtel, d’explorer, de retourner dans certains endroits et de créer des habitudes.
Dakar, Saly, leurs adresses, leurs tables, leurs paysages…
J’en ai gardé beaucoup.
Et certaines de ces histoires arriveront bientôt ici.
Il faudra notamment que je vous parle d’une adresse assez improbable à Saly : un restaurant privé, une seule table… et la plage.
Mais celle-là mérite son propre carnet d’adresses.
ET PUIS J’AI RAMENÉ UN PETIT MORCEAU DU SÉNÉGAL
Il y a pourtant quelque chose de cette époque qui ne se trouve ni dans mes albums photos ni dans mes carnets.
Il pousse chez moi
Un baobab
Je l’ai ramené de Saly
Les années passent et il continue de pousser, tranquillement.
J’aime beaucoup cette idée.
J’ai parcouru des milliers de kilomètres entre Nantes et Dakar, observé le Sahara depuis le ciel, attendu l’apparition d’un œil gigantesque au milieu du désert, ouvert cette porte d’avion sur la chaleur sénégalaise…
Et aujourd’hui, quelque chose de ces voyages continue simplement de grandir chez moi.
Alors forcément, lorsque je retombe sur cette photo du 10 décembre 2022, je souris.
Parce que je ne vois pas seulement l’Œil du Sahara.
Je retrouve une ligne que j’aime.
Un rituel avec le poste de pilotage
Un iPad collé contre un hublot
Le service qui continuait pendant que la Mauritanie défilait sous nos pieds
L’arrivée à Dakar
Saly
Et quelque part entre tout cela, ce gigantesque œil dans le désert que l’on guettait depuis le ciel.
Certains voyages se terminent à l’atterrissage
D’autres continuent de pousser des années plus tard...
✈︎ MOANA SEA SOÛL 𓆉
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