Les lipides :
Pourquoi avons-nous appris à avoir peur du gras ?
Et si le problème n’avait jamais été le gras… mais ce que nous en avons fait ?
Pendant longtemps, un mot a suffi pour nous faire culpabiliser devant une assiette
Gras.
Trop gras
Mange moins gras
Choisis du 0 %
Retire le beurre
Évite l’huile
Comme si le simple fait de prononcer ce mot suffisait à désigner le coupable.
Et pourtant…
Les lipides font partie de notre alimentation.
Notre organisme en a besoin, nos cellules les utilisent, certains acides gras doivent même obligatoirement être apportés par ce que nous mangeons.
Alors forcément… Une question me vient
Comment un élément dont notre corps a besoin est-il devenu quelque chose dont nous avons appris à avoir peur ?
Bienvenue dans CE QUI NOUS NOURRIT, une nouvelle série de MOANA SEA SOUL dans laquelle j’ai envie de regarder autrement ce que nous mettons dans nos assiettes. Pas pour interdire, pas pour culpabiliser, encore moins pour vous expliquer ce que vous devriez manger
Simplement pour comprendre… et pour commencer, j’avais envie de parler du gras.
Lorsque l’on me dit « gras »…
Curieusement, je ne pense pas au beurre, je ne pense pas à une vinaigrette, je ne pense même pas au gras d’une viande.
La première image qui me vient est celle du fast-food
Quelque chose de riche, très riche même… Du gras, du sucre, du sel, parfois tout à la fois. Et finalement, je crois que cette distinction est importante parce que nous avons fini par mettre énormément de choses derrière un seul mot.
Gras.
Alors que tous les lipides ne se ressemblent pas ..
Une poignée de noix, une huile d’olive, un avocat, un poisson gras, une noix de coco et un produit industriel contenant certaines graisses transformées ne racontent absolument pas la même histoire nutritionnelle.
La science est aujourd’hui assez claire sur ce point : la quantité compte, évidemment, mais la qualité des matières grasses compte également.
Les graisses insaturées, notamment présentes dans les poissons, les noix, l’avocat ou certaines huiles végétales, ne sont pas considérées de la même manière que les graisses saturées ou les acides gras trans, dont la consommation doit être davantage limitée. (Organisation mondiale de la santé)
Finalement… Peut-être avons-nous commencé par faire une erreur toute simple.
Nous avons mis énormément de choses différentes dans le même panier.
J’ai grandi avec de l’huile d’olive dans la poêle…
Chez moi, la cuisine n’a jamais vraiment eu de frontière.
Je suis née entre plusieurs cultures culinaires, la cuisine marocaine bien sûr, mais aussi française, méditerranéenne et finalement beaucoup de cuisines du monde.
Ma mère peut préparer des plats marocains incroyables…Puis faire des nems tout aussi incroyables. Mon père, lui, cuisine également merveilleusement certains plats italiens…
J’ai grandi comme cela, avec des parfums différents, des épices, des recettes,
et presque systématiquement…
De l’huile d’olive dans la poêle, c’était un geste tellement naturel que personne ne se demandait vraiment s’il fallait avoir peur de cette huile, elle faisait partie de la cuisine.
Aujourd’hui, j’ai gardé l’huile d’olive mais j’ai changé certains gestes, je l’utilise souvent autrement, notamment en ajoutant un filet après la cuisson et surtout…
J’ai découvert d’autres huiles.
Certaines bouteilles racontent des voyages…
Dans ma cuisine, trois huiles reviennent régulièrement.
L’huile d’olive.
L’huile de sésame.
L’huile d’avocat.
J’aime choisir de bonnes huiles, connaître leur maison, leur goût, leur singularité.
Et puis il y en a une autre…Une huile d’olive parfumée à la vanille de Tahiti, rien que son nom me fait voyager.
Quelques gouttes dans une salade et soudain, un ingrédient aussi quotidien qu’une huile peut raconter un territoire situé à des milliers de kilomètres.
C’est quelque chose que les voyages m’ont beaucoup appris…
Une matière grasse n’est pas seulement une matière grass, elle peut raconter une culture. Autour de la Méditerranée, l’huile d’olive accompagne les tables depuis des siècles. Dans les îles, la noix de coco prend une place immense. Ailleurs, ce sont les graines, les poissons, les fruits à coque ou différentes huiles qui façonnent la cuisine.
Et en voyageant, j’ai également découvert les sauces soja, certaines plus claires, d’autres beaucoup plus foncées, les sauces d’huître, les sauces de poisson, les pâtes de curry…Autant d’ingrédients qui m’ont rappelé quelque chose d’essentiel :
Nous ne mangeons jamais uniquement des nutriments.
Nous mangeons aussi une culture.
Une géographie.
Une histoire.
Et puis, pendant quelques années, j’ai eu davantage peur du gras…
J’ai travaillé pendant cinq ans au siège d’Herbalife à Strasbourg, à cette époque, j’organisais même une fois par semaine, entre midi et deux, de petites sessions avec mes collègues autour de l’alimentation
Les glucides
Les lipides
Les différents nutriments
Pendant une trentaine de minutes, je préparais ma présentation pendant que ceux qui le souhaitaient pouvaient se préparer un shake.
J’aimais beaucoup ces moments, mais avec le recul, je réalise aussi quelque chose…
À cette période de ma vie, j’étais beaucoup plus sensibilisée au gras.
Et probablement beaucoup plus inquiète à son sujet, tout autour de moi me poussait à réfléchir davantage à ce que je mangeais, aux quantités, aux nutriments, à ce qu’il fallait éviter.
Pourtant…
Je ne peux pas dire que je me sentais davantage en forme,
aujourd’hui,j’ai beaucoup moins peur du gras,
et paradoxalement, je me sens plus en forme qu’avant… et moins en forme que demain...
Parce que je crois profondément que notre rapport à l’alimentation évolue avec nous.
Le gras fait-il vraiment grossir ?
C’est probablement l’une des phrases les plus répétées autour de l’alimentation.
« Le gras fait grossir. »
Et cette phrase m’agace parce qu’elle transforme quelque chose de complexe en équation beaucoup trop simple
Non, avaler une cuillère d’huile ne signifie pas qu’elle va directement aller se déposer quelque part sur notre corps.
La prise de poids dépend notamment de l’équilibre énergétique dans la durée, mais la question de la santé va bien au-delà d’une simple histoire de poids, et surtout…
Notre organisme a besoin de matières grasses.
L’Organisation mondiale de la Santé rappelle que les graisses participent notamment au fonctionnement normal des cellules et que deux acides gras essentiels doivent provenir de notre alimentation. Elle insiste également sur quelque chose que nous oublions parfois : la qualité des graisses consommées compte autant que leur quantité. (Organisation mondiale de la santé)
Autrement dit…
Le problème n’est pas simplement :
gras ou pas gras.
La question devient :
Quel gras ?
Dans quelle quantité ?
Dans quel aliment ?
Et au milieu de quelle alimentation ?
La nuance est beaucoup moins spectaculaire qu’un énorme 0 % imprimé sur un emballage…Mais elle me semble beaucoup plus intéressante.
Le 0 %…
Voilà justement quelque chose qui ne m’a jamais vraiment convaincue. Parce qu’un énorme 0 % écrit sur un emballage possède un pouvoir psychologique assez extraordinaire, Il rassure, il donne presque l’impression que l’on peut arrêter de réfléchir.
0 % de matières grasses.
Très bien…
Mais que contient le reste ?
Je préfère personnellement acheter occasionnellement une véritable mousse au chocolat chez mon maraîcher, la manger et surtout…
l’apprécier.
Plutôt que de multiplier pendant des semaines une version « allégée » uniquement parce que son emballage me donne l’impression que je peux en consommer sans me poser de question.
Je crois que nous avons parfois tellement voulu retirer certains aliments de nos assiettes que nous avons oublié une question beaucoup plus simple :
Est-ce que j’aime réellement ce que je suis en train de manger ?
Il existe aussi une nouvelle mode… Après avoir diabolisé le gras,
nous avons presque fait l’inverse.
Bienvenue aux bons gras.
L’avocat, les graines, les purées d’oléagineux, les noix, certaines huiles, les poissons gras, et évidemment… La noix de coco.
Je trouve plutôt positif que nous ayons redécouvert que certaines matières grasses ont toute leur place dans une alimentation équilibrée.
Mais là encore, je n’ai pas envie de remplacer une peur par une nouvelle obsession, parce que naturel ne signifie pas illimité, et « bon gras » ne signifie pas que toutes les matières grasses deviennent soudain interchangeables.
L’huile de noix de coco, par exemple, occupe une place particulière chez moi, j’en ai presque toujours dans ma cuisine, tout comme du lait de noix de coco, elle me rappelle les îles.
Les voyages… Certaines cuisines que j’aime profondément.
Mais elle reste riche en graisses saturées, que les recommandations nutritionnelles actuelles invitent à limiter au profit des graisses insaturées. (Organisation mondiale de la santé), et je trouve cette nuance importante.
On peut aimer profondément un aliment… Sans avoir besoin de lui inventer des pouvoirs extraordinaires.
Il y a quand même un plat auquel je refuse que l’on touche…
Les spaghettis bolognaises.
Voilà.
Nous pouvons parler nutrition pendant des heures, discuter des lipides, des glucides, des proportions, des huiles… Mais mes spaghettis bolognaises resteront mes spaghettis bolognaises, c’est mon plat réconfort, et chez moi, elles arrivent avec une quantité parfaitement assumée de parmesan… Beaucoup de parmesan… Énormément, même.
Et s’il vous plaît…
Pas d’emmental.
Pour moi, l’emmental se déguste très bien à l’apéritif, mais il n’a rien à faire ici.
Voilà, Il fallait que ce soit dit.
Parce que je crois aussi que manger consciemment signifie parfois arrêter d’essayer d’optimiser chaque bouchée., un repas peut être équilibré, un autre peut être simplement délicieux.
L’alimentation se construit sur la durée, pas sur une assiette isolée et si nous sommes incapables de nous offrir parfois quelque chose uniquement parce que cela nous procure du plaisir… Alors nous avons peut-être transformé l’alimentation en quelque chose qu’elle n’aurait jamais dû devenir, une source permanente de culpabilité.
Mon corps n’est pas mon ennemi…
Aujourd’hui, je fais beaucoup plus attention à ce que mon corps me raconte, je mange énormément de végétaux, beaucoup moins de viande.Très peu de produits laitiers.
Non pas parce que j’ai décidé qu’une manière de manger devait convenir à tout le monde…Mais parce que j’apprends progressivement ce qui me convient, à moi.
Mon corps a traversé des transformations, il continue d’évoluer et je crois profondément qu’il mérite du respect.
On entend souvent cette phrase : « Notre corps est un temple. »
Je suis plutôt d’accord.
Mais un temple n’est pas un endroit que l’on maltraite pour qu’il devienne parfait, prendre soin de son corps, ce n’est pas lui imposer des exigences impossibles.
C’est aussi accepter son rythme.
L’écouter.
L’accompagner.
Et peut-être arrêter de le punir chaque fois que nous avons mangé quelque chose uniquement parce que c’était bon.
Nous avons peut-être confondu contrôle et conscience…
Pendant longtemps, manger sainement a parfois ressemblé à une succession d’interdictions.
Pas trop gras.
Pas trop sucré.
Pas trop salé.
Pas trop ceci.
Pas trop cela.
Évidemment, l’excès existe et certaines graisses méritent réellement notre vigilance, notamment les acides gras trans, dont une consommation élevée augmente le risque cardiovasculaire et que l’OMS cherche à éliminer de l’alimentation industrielle. (Organisation mondiale de la santé)
Mais entre tout interdire et tout accepter, il existe un espace immense, celui du choix, et c’est probablement là que j’ai envie de placer cette série d'articles.
Comprendre ce que nous mangeons suffisamment pour ne plus avoir besoin d’en avoir peur.
Et si nous regardions maintenant dans nos placards ?
C’est probablement la question que j’aimerais laisser après cet article.
Ouvrez votre placard, regardez votre bouteille d’huile, votre paquet de biscuits, votre beurre, vos noix
Et demandez-vous…
D’où cela vient-il ?
Pas uniquement :
Combien de calories ?
Combien de lipides ?
Combien de grammes ?
Mais…
Qui l’a fabriqué ?
Où ?
Pourquoi ai-je acheté celui-là ?
Est-ce que je me rappelle même du moment où je l’ai choisi ?
Moi, certaines de mes bouteilles d’huile me rappellent immédiatement Annie.
Lorsque je passe dans sa boutique, je viens parfois simplement racheter une huile et je repars avec autre chose…
Un paquet de biscuits que je n’avais absolument pas prévu d’acheter, par exemple…
Mais des biscuits artisanaux, fabriqués dans la région, qui soutiennent parfois une initiative locale, et qui, accessoirement… sont vraiment bons.
Alors oui, mieux choisir son alimentation peut parfois coûter davantage.
Tout le monde n’a pas non plus le même accès aux producteurs, aux commerces indépendants ou aux produits de qualité, et je crois qu’il serait injuste de l’oublier.
Mais lorsque nous en avons la possibilité, une autre façon de consommer devient envisageable.
Acheter peut-être moins.
Choisir davantage.
Et surtout… Remettre de l’humain derrière notre alimentation.
Parce qu’un aliment peut aussi avoir une âme…
Entre une assiette industrielle estampillée 0 % et une tartine de bon pain avec du beurre fermier… Personnellement, je choisis la tartine.
Pas parce que le beurre serait devenu miraculeusement un aliment à consommer sans limite, mais parce que je préfère me faire réellement plaisir avec quelque chose qui possède un goût, une provenance, une singularité.
Quelque chose qui raconte un endroit, une personne, Un savoir-faire.
Plutôt qu’un produit tellement standardisé qu’il pourrait avoir exactement le même goût à Paris, Bangkok ou Bali. Peut-être est-ce aussi cela que nous avons progressivement perdu.
Nous avons appris à lire des chiffres sur les emballages… Et parfois oublié de lire l’histoire des aliments.
Pour conclure…
Si un enfant me demandait un jour :
« Pourquoi tu mets de l’huile dans ta salade si le gras est mauvais ? »
Je ne chercherais pas à lui répondre : « Non, le gras est bon. »
Parce que je ne voudrais finalement que remplacer une affirmation par une autre, je lui expliquerais plutôt ce que j’ai appris, que notre corps a besoin de certains lipides, qu’il existe différentes matières grasses. .. Que certaines sont intéressantes pour notre alimentation et que d’autres doivent être consommées avec davantage de modération.
Puis je lui demanderais :
« Et toi… qu’est-ce que tu pensais qu’il y avait de mauvais dans cette huile ? »
Et nous chercherions ensemble.
Parce que je crois que notre rôle n’est pas toujours de donner aux enfants des réponses toutes faites, parfois, il suffit de leur apprendre à poser de meilleures questions et finalement… C’est exactement ce que j’aimerais faire avec CE QUI NOUS NOURRIT.
Je ne veux pas vous dire quoi manger
Je veux comprendre avec vous ce que nous mangeons
Pourquoi nous le mangeons
D’où cela vient
Ce que notre corps en fait
Et pourquoi certaines idées deviennent parfois tellement populaires que nous finissons par les prendre pour des vérités…
Alors peut-être que la prochaine fois que vous ouvrirez votre placard,
vous ne regarderez pas seulement votre bouteille d’huile en vous demandant combien elle contient de matières grasses… Peut-être vous rappellerez-vous où vous l’avez achetée.
Qui l’a produite.
Le goût qu’elle possède.
Le plat dans lequel vous aimez l’utiliser.
Peut-être même la conversation que vous avez eue le jour où vous l’avez choisie.
Parce qu’au fond…
Peut-être que mieux remplir nos placards ne signifie pas les remplir davantage… mais savoir pourquoi chaque chose y est entrée.
Et ça, c’est déjà une autre manière de se nourrir.
Note personnelle
Cet article ne cherche ni à réhabiliter toutes les matières grasses, ni à les diaboliser.
Les connaissances actuelles en nutrition montrent que les lipides sont indispensables à notre organisme, mais que leur nature, leur quantité et l’équilibre global de notre alimentation comptent. Les recommandations distinguent notamment les graisses insaturées des graisses saturées et des acides gras trans, ces derniers faisant l’objet de recommandations particulièrement strictes. (Organisation mondiale de la santé)
Mais CE QUI NOUS NOURRIT parlera aussi d’autre chose…
De culture.
De producteurs.
De souvenirs.
De voyages.
De plaisir.
Et de cette liberté que nous retrouvons peut-être lorsque nous cessons de classer notre nourriture entre ce qui serait parfaitement « bon » et définitivement « mauvais ». Parce qu’une assiette raconte beaucoup plus que des calories.
Elle raconte aussi…Notre histoire